Publié par : lejardinierjardine | 5 juillet 2011

Symbolisme de la Terre-Mère

Cette catégorie « Symbolique de la Terre-Mère » réunira des articles et des échanges pour approfondir ce que l’on sait du symbolisme de la Terre à travers les cultures et les époques, et mieux décrire plus avant l’imaginaire puissant qui lie l’humain et l’humus, l’homme et la vie qui jaillit du sol.

Pour ouvrir cette catégorie, voici un petit tour d’horizon de ces questions à travers les cosmovisions de différentes sociétés (grecque, romaine, amérindienne et la « micro-société » alternative des écosophes, émergente actuellement).

La Terre-mère, matrice de la vie humaine

Le mythe cosmogonique de l’union du Ciel et de la Terre existe dans de nombreuses croyances à travers le monde (en Océanie, Indonésie, Asie, Afrique, Amérique) ; le mariage humain est alors souvent considéré comme une imitation de cette union cosmique.

Dans les religions méditerranéennes, la figure de la Terre-Mère (Terra Mater ou Tellus Mater) est répandue depuis des millénaires. L’Hymne à la Terre du poète grec Homère en témoigne déjà au 8e siècle av. J.C : « C’est la Terre que je chanterai, mère universelle aux solides assises, aïeule vénérable qui nourrit sur son sol tout ce qui existe…C’est à toi qu’il appartient de donner la vie aux mortels, comme de la reprendre… ». Dans les Choéphores (127-128), le poète tragique Eschyle (mort en 456 av. J.C) glorifie la Terre qui « enfante tous les êtres, les nourrit, puis en reçoit à nouveau le germe fécond ».

Dans certains mythes américains, comme chez Amérindiens Lenape et Delaware peuplant la côte Nord-est des Etats-Unis, les premiers hommes ont vécu un certain temps dans le sein de leur Mère, au fond de la Terre ; de forme encore inachevée, ils y menaient une vie à moitié humaine, en attendant d’y mûrir tranquillement, comme l’embryon humain dans le ventre de la femme. Selon Mircea Eliade, « l’enfantement des humains par la Terre est une croyance universellement répandue. Dans nombre de langues, l’homme est nommé : « né de la Terre ». » (p 121, Le sacré et le profane) On croit que les enfants viennent des grottes, des tréfonds de la terre. « Jusque chez les Européens de nos jours survit le sentiment obscur d’une solidarité mystique avec la Terre natale. C’est l’expérience religieuse de l’autochtonie : on se sent être des gens du lieu, et c’est là un sentiment de structure cosmique qui dépasse de beaucoup la solidarité familiale et ancestrale. » (p 122)

Matrice des origines, la Terre est aussi célébrée comme celle à qui on retourne à la fin de sa vie ; elle permet de réintégrer sa matière (son corps, ses os…) au cycle biologique de la vie, en retournant au point où la vie nous a été donnée : la pratique répandue dans différentes cultures d’être enterré dans le sol de sa terre natale, là où se trouve les racines de sa naissance, atteste de cette symbolique.

La terre natale est un seuil entre la vie et la mort, comme en témoignent le rituel de dépôt du mourant sur le sol de la Terre natale, et celui de l’humi positio, l’accouchement à même le sol, qui se rencontre un peu partout à travers le Monde. De même, on enterre symboliquement le malade ou le pécheur pour le régénérer, en le faisant renaître.

Une fable latine issue de la mythologue romaine primitive raconte comment le premier homme a été façonné par la déesse Cura avec de l’argile. La Terre, qui a fourni la matière première, demanda alors à Cura et à Jupiter que son nom soit donné à l’homme : C’est ainsi que le nom « homme » vient du mot « humus ».

Les penseurs de l’agroécologie actuelle nous enjoignent à observer l’humus de la forêt pour comprendre sur quoi repose l’ordre des choses, car l’humus est au fondement de la vie humaine sur terre ; C’est lui qui donne au sol sa fertilité qui permet de faire grandir les végétaux et d’alimenter les animaux qui nourrissent l’homme. L’humus est apparu à la fin du Jurassique, il y a 160 millions d’années, avec l’apparition des premières forêts de feuillus qui ont favorisé la vie des micro-organismes et de la faune du sol capables de dégrader la matière végétale ; avant cela, les grandes forêts primitives de fougères, de prêle et de résineux étaient trop toxiques pour permettre la décomposition des matières végétales, et donc l’humus. La microbiologie des sols, notamment portée par des chercheurs comme Claude et Lydia Bourguignon qui résistent à l’aveuglement de l’agronomie moderne qui accompagne l’agro-industrie destructrice, nous apporte des éclairages passionnants sur toute la vie qui fait le sol et sur la complexité des liens écosystémiques, du macro au micro.

Pierre Rabhi adosse son appel spirituel au respect de la Terre-mère et à la gratitude envers ce qu’elle nous donne, à son action de terrain dans différentes zones désertiques du monde avec Terre et Humanisme, association qui enseigne aux populations locales à recréer de l’humus pour pouvoir rendre leur terre fertile et ainsi parvenir de nouveau à subvenir à leurs besoins par eux-mêmes. Dans Parole de terre, le vieux sage africain Tyemoro transmet sa vision écosystémique des liens de la vie qui unissent l’homme à la Terre :

« Regardez notre terre : les arbres y ont été nombreux du temps de nos ancêtres. Nos anciens savent que notre terre n’a pas toujours été ce demi-désert avec des arbres et condamnés à mourir. La mort des arbres est comme un cri de douleur que la terre mère lance aux êtres humains. La souffrance de la terre est la souffrance de toutes les autres créatures. Lorsque la faim, le manque de nourriture nous afflige, c’est toujours la souffrance de la terre mère qui nous traverse. Car nous ne sommes pas séparés de la terre, nous sommes nés de ses propres viscères. Nos bouches sont ses bouches, nos bras, ses bras. Nous sommes ses nerfs les plus sensibles. Nous sommes des parcelles de l’esprit constructeur et notre pensée se nourrit de ses dons. Lorsque la nourriture nous manque, notre pensée décline, car l’animal en nous prend force pour échapper à la mort ». (p 150)

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Responses

  1. Fabuleux !!! Merci pour ce texte très enrichissant.

    Vous, hommes de toutes terres, de tous lieux et de tous temps, prenez confiance que vous n’ètes rien sans notre terre…

    Alors, protégez-la ! :.

    Williams


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