Publié par : lejardinierjardine | 2 décembre 2011

La condition contemporaine du corps

Notes prises à partir de deux livres sur ce sujet.

 

Des corps urbains, sensibilités entre béton et bitume. Thierry Paquot, Paris, 2006.

 

1e trottoir à Paris dans la rue de l’Odéon en 1781 : étendu à toutes les rues, sous Haussmann.

 Concept de « zoning » inspire l’urbanisme moderne, à partir de la Chartes d’Athènes en 1943.

Mégalopoles qui se sont multipliées dans le monde : pire interprétation de la Charte : principes donnant lieu au fonctionnalisme, habiter, travailler, se récréer, circuler.

P 55 : « La déshumanisation d’une société commence comme cela, par la disparition d’une chose aussi banale qu’un banc public, signe élémentaire de l’hospitalité, degré zéro du « vivre ensemble ».

 4) Les cinq sens : une ville qui peine à jouir.

Entre 1500 et 1640 : l’ouïe et le toucher : sens les plus mobilisés, suivis de près par la vue, l’odorat et le goût.

Directive européenne en 2002 invitant les grandes agglomérations à établir pour 2006 des « cartes du bruit »

 

 

 Anthropologie du corps et modernité, David le Breton, PUF, 2005.

 Le corps : l’absent-présent indispensable à la perception du sens :

 P 97 : « Dans les conditions habituelles de la vie, le corps est transparent à l’acteur qui l’habite. Il glisse avec fluidité d’une tâche à une autre, adopte des gestuelles socialement de mise, se fait perméable aux données de l’environnement à travers un tissu continu de sensations. Condition même de l’homme, le corps ne cesse de produire et d’enregistrer du sens à travers une sorte d’automatisme. Il est en ce sens la « coincidentia oppositorum » la plus étonnante de la vie quotidienne : l’évidence oubliée, le présent-absent dont l’existence s’impose en pointillé à travers l’écoulement du jour ».

P 179 : « Le corps est, dans cet imaginaire, une surface de projection où se remettent en place les fragments du sentiment d’identité personnelle morcelé par les rythmes sociaux. A travers la mise en ordre et en sens de soi, par la médiation d’un corps qu’il dissocie et transforme en écran, l’individu agit symboliquement sur le monde qui l’entoure ».

P 102 : la respiration sensorielle du quotidien

 Expériences réalisées où l’homme privé de vie sensorielle, dans un espace confiné, développe des hallucinations pour combler sa « faim sensorielle naturelle ».

 P 108 : « Le triomphe de l’architecture et de l’urbanisme rationaliste qui témoigne d’une soumission de la ville à la circulation automobile, n’a guère été propice à l’expérience corporelle de l’homme. Le tracé organique des vieux quartiers (C.Petonnet) qui favorisait la flânerie, stimulait la sensorialité, la convivialité, multipliait les espaces de rencontre, les surprises, s’efface de plus en plus. »

 P 109 : « Pour l’homme en déplacement, seul importe le regard, son propre corps est ce qui fait obstacle à son avancée ».

Dans « cages à lapins », espaces fonctionnalisés en série : sensorialité confinée : au contraire de la maison traditionnelle à taille humaine où l’expérience sensible possible (Bachelard).

Chapitre 6 :  Effacement ritualisé ou intégration du corps.

Toute société ritualise les transactions corporelles. Dans société occidentale : le silence du corps est signe de bonne santé (en médecine : le silence des organes). Corps ressenti que quand malade, souffrant.

P 127 : « Les sociétés occidentales ont choisi la distance et donc ont privilégié le regard, reléguant dans le même temps l’olfaction, le toucher ou l’ouïe, voire le goût dans l’indigence ».

Au contraire des sociétés médiévales et même renaissantes : hospitalières aux manifestations du corps.

Dans notre monde urbain actuel : l’image du corps diffusée dans les médias et la publicité  ne correspond au corps sensible de la vie quotidienne.

Espaces-temps spécifiques consacrés à restaurer le lien au corps : séance de gym, de yoga…

 Paradoxe : tendance à l’effacement du ressenti du corps, à sa dilution dans les foules urbaines anonymes, mais en parallèle injonction au corps parfait, idéal obsessionnel.

Cet idéal du corps jeune et beau : disqualifie les corps différents, notamment handicapés et âgés :

P 146 : La personne âgée glisse lentement hors du champ symbolique, elle déroge aux valeurs centrales de la modernité : la jeunesse, la séduction, la vitalité, le travail ».

 Depuis les années 1970, avec affirmation d’une « sensibilité narcissique », le corps est surinvestit :

P 159 : « Dans le second temps de l’avancée individualiste, celui de l’atomisation des acteurs et de l’émergence d’une sensibilité narcissique, le corps devient le refuge et la valeur ultime, ce qui reste quand les autres se font évanescents et que toute relation sociale se fait précaire ».

 Le corps comme « alter ego », lieu intime et de jouissance.

P 271 : « Dans un monde où règne la désorientation du sens, nombre d’acteurs trouvent prise sur leur existence à travers une discipline du corps. A défait de contrôler sa vie, on contrôle au moins son corps. » (Cf états limites)

 P 267 : « Le corps est soumis à un design parfois radical ne laissant rien en friches. (…) L’intériorité se résout en un effort d’extériorité ».  On exhibe son corps plus qu’on ne l’habite.

 @ Le corps surnuméraire :

Dans les années 1960 : encore activités (loisirs de plein air, baignades dans les lacs, bicyclettes et marches) qui faisaient ressentir le corps. P 168 : « Le corps de l’homme des années cinquante ou même des années soixante était infiniment plus présent à sa conscience, ses ressources musculaires plus au cœur de la vie quotidienne. La marche, la bicyclette, la baignade, les activités physiques liées au travail ou à la vie domestique ou personnelle favorisaient l’ancrage corporel de l’existence ».

Depuis, cet ancrage n’a cessé de décliner avec l’usage accru des voitures, le temps de l’urgence associé à la vie économique néo-libérale, le stress… Dès 1970, intuition du sociologue Paul Virilio : « L’humanité urbanisée devient une urbanité assise ». Extrait de son Essai sur l’insécurité du territoire, 1976 :

P 269 : « C’est la mobilité et la motilité du corps qui permettent l’enrichissement des perceptions indispensables à la structuration du moi. Ralentir, voire abolir cette dynamique véhiculaire, fixer au maximum les attitudes et les comportements, c’est perturber gravement la personne et léser ses facultés d’intervention dans le réel ».

 Expériences scientifiques qui témoignent de la perte de la capacité sensible  (homme robot, cyborg) : Des laboratoires US travaillent à stimuler la vie psychologique par stimulations nerveuses. P 257 : Témoignage d’un scientifique cité par V. Packard : « On peut facilement imaginer que dans l’avenir des gens portent des électrodes auto-stimulants » (pour stimuler libido, ou se tranquilliser par exemple).

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