Publié par : lejardinierjardine | 9 février 2012

Procès de la Confédération paysanne

Le 30 janvier 2012.

Article suite au procès de la Confédération paysanne

J’étais présente ce 26 janvier au Tribunal correctionnel de Valence pour assister au procès de Christian Beylon, éleveur de volaille à Chabeuil, et de Martin de Douhet, paysan à Besayes et représentant du soutien de la Confédération Paysanne à Christian. Ils étaient soupçonnés d’avoir tenté de faire obstruction au travail de contrôle d’un agent de la DDPP (ex-Direction des services vétérinaires) le 27 mai 2011.

Ce jour-là, Christian doit subir un troisième contrôle pour vérifier la mise aux normes de ses bâtiments d’élevage conformément à ce qui est préconisé dans le cadre de la lutte contre les problèmes liés à la salmonelle – problèmes absents de son élevage de 4000 poules en intégration. Il n’a pas fait tous les travaux demandés – notamment l’aménagement d’un sas qui implique de transformer le bâti existant qu’il loue – et il se sent quelque peu harcelé pour des normes dont il ne reconnaît pas la pertinence pour son élevage.

Pour ne pas rester isolé face au bulldozer administratif qui applique automatiquement des procédures en faisant fi des réalités économiques et humaines, Christian fait appel à une trentaine de ses paysans camarades de la Confédération paysanne ; ils seront bien au rendez-vous ce 27 mai à ses côtés pour exprimer, dans la non-violence, le ras-le-bol général des « petits » face à une réglementation sanitaire adaptée aux grosses exploitations agricoles et appliquée à toutes, quelle que soit leur taille.

Ces « petits » sont ceux qui souhaitent garder une taille d’exploitation modérée, compatible avec une agriculture paysanne de qualité, respectueuse de la biodiversité et du tissu social local. Les « gros » sont ceux qui concentrent et grandissent toujours plus pour faire des économies d’échelles, créant des conditions d’élevage qui produisent bien souvent de nouveaux risques sanitaires… sur lesquels se fondent les nouvelles normes imposées à tous, même aux petits qui ne concentrent pas et ne rendent pas malades leur cheptel !

Dans le cas précis de la salmonelle, une communication de scientifiques de l’AFSSA a d’ailleurs mis en évidence que « le mode d’élevage (cage/sol) et la taille des exploitations restent parmi les facteurs de risque essentiels en poules pondeuses. » [1]

J’ai assisté à une bonne partie du procès, pendant lequel j’ai pu entendre Christian et Martin répondre aux questions du juge, du procureur de la République et des avocats, ainsi que les trois premiers témoins venus à la barre en soutien aux deux prévenus. Je dois dire que j’ai été assez agacée de la façon dont les magistrats évacuaient dans leurs interprétations la question de la violence institutionnelle, en soulignant uniquement la violence psychologique (la pression générée par « l’effet groupe ») subie par la personne des services vétérinaires, apparemment très choquée lors des faits. Or, la violence de cette réglementation injuste se traduit très concrètement par des dépressions, des excès de violence envers les autres ou envers soi-même, comme le prouvent les suicides accrus de paysans qui n’arrivent plus à faire leur métier sereinement et dignement. Car cette réglementation n’est pas seulement inadaptée aux petits, elle les fait aussi et surtout disparaître peu à peu par des mises aux normes lourdes et coûteuses qui donnent envie de jeter l’éponge. Et dans ces cas-là, il ne faut surtout pas rester isolé et lier sa résistance personnelle à une résistance collective fondée sur des principes partagés, ce qu’ont fait ce jour-là Christian et les autres paysans, au nom de la Confédération paysanne.

Si l’action de Christian et de Martin, et à travers eux celle du groupe de paysans de la Conf’ réunis ce 27 mai, est réduite à une tentative d’obstruction du travail de la contrôleuse, c’est que résister collectivement – et bien entendu pacifiquement – n’est plus reconnu actuellement par la justice de notre pays. L’avocat des prévenus, maître Tatiguian, a bien résumé le débat : « Ce ne sont pas des voyous que vous jugez, juste des militants venus dire leur ras-le-bol (…) Sinon, allez au bout de votre logique et dites que l’action syndicale est interdite ».

J’espère que le jugement, qui sera rendu le 21 février prochain, reconnaîtra le malaise des petits paysans face à un système administratif qui les écrase, et leur légitime résistance collective.

Alice Médigue


[1] Salvat G., Chemaly M., Denis M., Robinault C., Huneau A., Le Bouquin S., Michel V., Fravalo P., « Evolution des risques sanitaires : campylobacter et salmonelles », 12e Journées des  » Sciences du Muscle et technologie des viandes », 8 et 9 octobre 2008, Tours, p.198.
http://tinyurl.com/ycqwppz

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Responses

  1. […] nouvelle exception aujourd’hui avec un article d’une invitée, Alice Médigue, qui revient sur le procès des agriculteurs que j’évoquais il y a deux […]


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