Publié par : lejardinierjardine | 9 février 2012

Resynchronisation démocratique de nos sociétés en Transition

 Vers la resynchronisation démocratique de nos sociétés en Transition…

Pour poursuivre la réflexion amorcée dans mon article précédent (« Recréer des rythmes collectifs autour de nouvelles richesses » ici), j’aimerais penser ici comment sortir du temps de l’urgence en faisant vivre une véritable participation démocratique… qui tendrait à configurer notre société selon une pensée plus écosystémique [1] .

Face à la dispersion généralisée et l’accélération du temps qui brisent les liens, comment nous resynchroniser autour de rythmes collectifs pour bâtir du Commun  ?

Au-delà des temps collectifs de l’évènementiel – Nuit blanche ou fête de la musique par exemple -, il existe d’autres possibilités pour faire exister de nouveaux rythmes collectifs, plus durables et plus appropriés par les individus (en position de citoyens plutôt que de consommateur) :

–       En créant des espaces qui donnent à vivre du Commun: espaces de mixité sociale, de rencontre et de liens (au Vivant, aux autres…) : ex : jardins partagés, maison du citoyen, cafés associatifs…

–       En créant de véritables temps de participation à la vie de la Cité : les temps des citoyens impliqués dans la démocratie participative peuvent devenir des temps pivot qui recréent la conscience d’appartenir à une collectivité. La motivation des élus est déterminante pour déployer (ou pas) les leviers existants de la démocratie participative (Conseils citoyens, Commission locale de développement, Comité de quartier…) ; en témoignent les expériences démocratiques avancées des villes lentes, ou de communes aux maires « alternatifs » comme celle de Grigny.

 Le temps libéré pour la participation citoyenne est alors valorisé comme temps de vie à part entière, et cela entraîne une remise en question de la centralité actuelle toute-puissante du temps consacré au tandem travail – consommation (avec réduction et partage du temps de travail, temps pour créer de nouvelles richesses…). Des outils comme le bureau des temps, expérimenté dans certaines municipalités à partir de la fin des années 1990, visent une adaptation de la ville (horaires des services, des administrations…) aux nouveaux rythmes de vie des citadins ; ils créeront peut-être des avantages individuels (pouvoir faire ses courses en sortant tard du travail, mettre ses enfants à la crèche plus tôt ou plus tard, faire des démarches administratives entre 12h et 14h…) et une plus grande synchronisation des agendas inter-individuels, mais ne permettent pas la resynchronisation autour d’un Commun qui a justement tendance à être pulvérisé par l’individualisation grandissante des espaces-temps.

C’est par des temps collectifs de la participation démocratique (au niveau de la société civile et de la vie politique locale et globale) que l’on a peut-être une chance de se resynchroniser sur la base de nos pouvoirs d’agir personnels – ce qui nous évite une dispersion encore accrue qui va finir par faire imploser la société, ou une resynchronisation autoritaire, comme dans les régimes fascistes par des célébrations martiales… Comme le « droit à la ville » de plus en plus cité par les nouveaux urbanistes pour parler d’une ville inclusive et conviviale, on pourrait militer pour un « droit au temps démocratique » pour faire vivre dans les faits la démocratie. Une des premières raisons évoquées par les gens pour justifier de leur absence de participation à la vie citoyenne et collective en général est souvent leur manque de temps…

Resynchronisation démocratique  et « puissance d’agir »

 Le sentiment d’impuissance ressenti par beaucoup par les temps qui courent provient en partie de la complexité de notre monde globalisé, où s’interpénètrent et interagissent de très nombreuses dynamiques éparses ; c’est à nous, citoyens experts de cette complexité que l’on souhaite repenser démocratiquement, de nous forger les outils pour cela, et de libérer ainsi notre puissance d’agir.

 Parmi ces outils, je pense à la prospective partagée, comme le font les mouvements de Transition (Cf lien) : la visualisation de scénarios d’avenir possibles (à l’échelle de la vie d’une communauté locale, d’une ville, d’un pays…), avec leurs déclinaisons concrètes et les étapes précises de leurs processus. Le travail de prospective permet à la fois de libérer l’imagination (et le désir d’implication qui va avec) et d’avoir des repères précis pour anticiper l’avenir.

Ces scénarios peuvent s’accompagner de cartographies et de dessins pour représenter la ville, le territoire souhaités par les citoyens, et la forme de société associée. Les civilisations ont de tout temps fonctionné en s’inspirant, logé au cœur de leur imaginaire collectif, d’une image du monde particulière et de la représentation qu’elles se faisaient d’elles-mêmes. Ainsi, la société chrétienne médiévale se représentait à elle-même selon une image tirée du Nouveau Testament : l’image d’un corps humain dont les différents membres (la tête, les bras, les jambes) sont solidaires ; malgré la division entre clercs et laïcs et, à partir du 11e siècle, entre ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent, tous les chrétiens sont unis pour faire tenir le même ordre social sacré. Notre société industrielle productiviste s’est peu à peu construite à partir de l’époque classique sur l’idéal et le modèle de la machine, avec ses rouages fonctionnels, ses chaînes multiples de production et ses courroie de transmission les plus rapides et « bien huilées » possibles (quand on parle de « prestations de services », d’« agents à votre service », d’ « opérateurs », on est complètement dans cet idéal où les singularités humaines doivent être gommées pour ne pas troubler « l’efficacité mécanique ».

Une nouvelle représentation du monde pour inspirer la Transition

Arrivé au bout du rouleau, le développement de ce modèle mécaniste aboutit aujourd’hui  à l’image d’un monde morcelé et pulvérisé – à force d’avoir été mis en cases et en chaînes fonctionnelles -, où émergent quelques nœuds de monopoles du pouvoir. Pour accomplir une transition vers une autre forme de société, il est grand temps de nous inspirer d’une nouvelle image du monde et du corps social ; je n’arrive pas à trouver mieux (pour l’instant, peut-être que certains auront d’autres idées à proposer ?) que le modèle de l’écosystème équilibré proposé par la pensée de la permaculture (Cf  le site sur les principes de la permaculture selon David Holmgren). On peut dire que notre écosystème productiviste actuel a atteint ses limites, qu’il a tant fragilisé les équilibres dynamiques nécessaires à sa perpétration (et en particulier la vie du sol, Cf mon article) qu’il est en train d’imploser. Au contraire du rouleau compresseur productiviste qui agit sans observer l’existant, la permaculture tire des enseignements des équilibres naturels qu’elle a décelé dans le Vivant.

 La pensée permaculturelle nous enseigne que pour qu’un système soit durable et bien vivant, il a besoin de « liens intensifs » entre ces différents éléments – pas du tout dans le sens de l’agriculture intensive qui appauvrit drastiquement les liens écosystémiques -, à savoir : que chaque élément soit en interaction avec plusieurs autres éléments (logique d’interelation et d’inclusion aux antipodes de la logique productiviste de l’isolement), et ce grâce à une taille limitée et une certaine lenteur qui permettent d’établir ces liens… aux antipodes de l’accélération permanente et du gigantisme… Ce schéma écosystémique du corps social s’apparenterait ainsi à un réseau composé de sous-systèmes (des « bassins de vie », des territoires partagés…) articulés entre eux, et riches de liens intensifs grâce à des rythmes propices et des proportions mesurées.

Pensée écosystémique et vitalité démocratique

 Dans cette vision, il y a un lien très clair entre l’équilibre et la vitalité du système d’une part et l’interaction de tous ses éléments : l’analogie avec le corps social souligne l’importance de la participation démocratique pour bâtir une société unie et aux liens vivants – en lieu et place de la société actuelle fragmentée, aux liens érodés. Selon cette image du monde, le désir de s’exprimer et la possibilité de participer pour chacun sont vecteurs de vitalité et d’équilibre pour le Corps social dans son entier. C’est la concentration du pouvoir (et son corollaire de « neutralisation » de tout un pan de la société – cette majorité silencieuse que les mass médias écrasent) qui provoque déséquilibre et mort progressive du système. La structuration horizontale et décentralisée du réseau Internet, d’organisations sociales ou de systèmes productifs alternatifs (Cf alternatives) montre que ce modèle écosystémique est déjà à l’œuvre dans des réalisations pratiques ici et là.

 


[1] J’emploie ce terme pour parler de la conscience d’être relié à l’écosystéme naturel en tant qu’une de ses parties intégrantes ; recentrage de sa vision du monde autour de la sensation et de la compréhension des dynamiques de la vie qui nous traversent et nous relient aux autres êtres et éléments du Vivant.

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