Publié par : lejardinierjardine | 29 juin 2013

Le psychopouvoir qui nous divise

Article publié en juin 2013 sur le site d’Ars Industrialis ( http://www.arsindustrialis.org/psychopouvoir-d%C3%A9pression-et-tension-sociales), réseau de réflexions autour de la pensée très éclairante (et salutaire par les temps qui courent) du philosophe Bernard Stiegler, un des rares intellectuels – à côté mais d’une autre façon que les penseurs de l’écologie politique – à pointer aussi vivement les responsabilités du capitalisme pulsionnel (et du marketing envahissant associé) dans notre crise systémique actuelle.

Le psychopouvoir qui nous divise

Depuis plus d’un demi-siècle, le consumérisme et la logique de la rentabilité nous ont habitués à entretenir un rapport instrumental aux choses ; s’il a lieu d’abord avec les objets matériels et dans les espaces-temps du travail et de la consommation, il a tendance aujourd’hui à s’immiscer dans d’autres champs plus personnels de notre existence, comme dans notre rapport au savoir, à notre temps libre ou aux autres en général.

Le rapport instrumental consiste à utiliser les choses en suivant des modes d’emploi ou des techniques qui nous permettent d’atteindre rapidement le but qu’on s’est fixé avec elles ; elles restent ainsi des instruments extérieurs à nous-mêmes. On touche ici à la différence entre pratiquer et utiliser quelque chose : quand on pratique quelque chose, une langue par exemple, cette chose nous constitue et nous transforme à mesure qu’on la pratique  ; de même quand on pratique un instrument de musique, nous finissons par intérioriser (retenir en nous) les gestes pour pouvoir en jouer, nous n’avons pas besoin d’un mode d’emploi à chaque fois que nous reprenons notre instrument. La pratique régulière devient un savoir faire qui nous est propre, intégré à notre mémoire – notre mémoire de la musique, des gestes… -, notre guitare n’est pas un simple objet utilitaire, utiliser seulement pour produire des sons, elle fait partie de notre expression personnelle, comme les mots que l’on emploie. Quand on utilise quelque chose (par exemple, une machine dont on se sert occasionnellement), l’objet n’est pas intégré à notre expression, il reste extérieur à nous-mêmes, et nous devons nous appuyer sur un mode d’emploi pour en faire quelque chose ; c’est cette mise à distance qui caractérise le rapport instrumental.

Or, avec la société de consommation qui prétend répondre à tous nos besoins, nous sommes de plus en plus souvent dans ce rapport instrumental, et ce, dans tous les champs de notre existence : des plats préparés sous cellophane cuisinés pour nous, aux émissions télé qui s’occupent de nos enfants à notre place, en passant par les sociétés de services qui viennent animer nos soirées ou les mass médias qui nous « résument l’info du jour », nous sous-traitons nos besoins en perdant nos savoir-faire (cuisiner, chanter, jouer avec nos enfants, penser et s’informer pour comprendre le monde…). Dans nos métiers aussi, où le nouveau management exige, pour que nous soyons efficaces, de ne pas investir ce que l’on fait au-delà de ce rapport instrumental : ce sont par exemple les cheminots qui doivent, pour faciliter le processus de dérégulation de la SNCF, renoncer à la solidarité entre pairs et au sentiment du travail bien fait, inscrits dans l’héritage collectif de leur métier[1]. On leur demande de plus en plus de gestes à la chaîne et sans conscience, délestés des significations des savoir-faire propres au métier et à son histoire collective, considérées aujourd’hui comme des freins à la libéralisation. De même, pour les éleveurs, obligés de mettre des boucles électroniques à leurs bêtes, et pour les professionnels du soin, coupés du sens de leur métier par la rationalisation de leurs gestes – certains se sont réunis dans le collectif « l’Appel des appels » pour dénoncer ce processus. Comme le montre bien le philosophe Bernard Stiegler, ce processus de prolétarisation[2], né dans l’industrie au 19e siècle, est devenue aujourd’hui une perte généralisée de savoirs (savoir-être, savoir-vivre, savoir-faire, savoir-penser) qui touche à la fois les producteurs et les consommateurs, et qui nous concerne tous.

Or, pour devenir une personne singulière, nous avons besoin de pratiquer et non pas seulement d’utiliser les choses ; nous avons besoin de pratiques qui nous transforment. La singularisation implique de sortir du rapport instrumental. Par exemple, face à une recette de cuisine, au lieu de se contenter d’appliquer les consignes – pour obtenir rapidement le plat fini – sans rien retenir pour la prochaine fois, on les lira attentivement, en se remémorant les étapes successives. Puis, à force de refaire cette recette, on se rendra mieux compte de la saveur singulière que l’on cherche à obtenir, et comment on peut l’obtenir (en rajoutant un peu de tel ingrédient, en battant ou non les œufs en neige…). On part ainsi d’une recette, qui est un savoir hérité, « déjà là » – car on ne peut pas faire quelque chose de singulier tout seul, à partir de rien d’autre que de nous-mêmes : on puise forcément dans la matière de la culture collective, que tant d’autres singularités avant nous ont contribué à créer, à l’image d’une langue. Puis, à force de mettre en pratique ce savoir hérité, on le recompose un peu différemment, « à notre sauce », grâce à notre ressenti personnel. C’est par ce processus de « recréation » que nous exprimons notre singularité. Au bout du compte, nous avons intégré en nous-mêmes quelque chose de la culture commune, en l’enrichissant d’une nouvelle singularité. Ce « processus de co-transformation », d’échange réciproque entre la culture collective et les individualités, a été mis en évidence par Gilbert Simondon[3] sous le nom de transindividuation, concept repris aujourd’hui dans les analyses éclairantes du philosophe Bernard Stiegler.

Le rapport instrumental, qui envahit nombre de nos rapports aujourd’hui, court-circuite ce processus, amenant à une panne de la singularisation qui génère beaucoup de souffrance.

Panne de la singularisation et souffrances psychiques

Se singulariser, c’est à la fois accéder à la joie du sens, ressenti à travers notre participation au monde commun en partage, et celle de devenir une personne unique, qui par cette qualité est irremplaçable et apporte quelque chose de nouveau au grand tout de la culture collective. Devenir soi-même passe donc par le fait d’échanger un monde commun entre nous : une vérité fondamentale complètement occultée par le discours de l’individualisme selon lequel nous nous affirmons contre les autres, dans la grande compétition du tous contre tous. Si nous sommes des individus physiquement séparés, nous formons aussi par l’esprit un être collectif, ce que la vision matérialiste du monde ne sait voir. Le rapport instrumental auquel la logique de la rentabilité réduit notre rapport au monde produit tout le contraire de la singularisation : il nous isole les uns des autres en nous empêchant de devenir nous-mêmes. Le marketing nous fait croire que nous nous singularisons (« démarques-toi ! en portant telles baskets, en consommant tel loisir…) là où le marché ne fait que nous standardiser : nous devenons, comme ces objets produits à la chaîne, interchangeables et jetables, tandis que le lien social se réduit à l’agrégation tribale en groupes de consommateurs cibles — agrégation qui donne l’illusion de protéger d’une solitude que le système consumériste lui-même génère en détruisant les processus de transindividuation. Dans ce système, pour avoir l’illusion de ne pas être seul, il faut renoncer à sa singularité. 

Cette panne de la singularisation, indissociable de celle de la transindividuation, provoque des souffrances de plus en plus nombreuses et visibles dans notre société : solitude subie et sentiment d’inutilité, perte de sens, addictions ou recherche de sensations extrêmes pour se sentir exister (comme dans les cas « états limite » ou « border line » qui explosent depuis quelques années), hyperactivisme et burn out, ou au contraire décrochage total, aboulie et dépression… Toutes ces tendances sont symptomatiques des troubles qui saisissent l’individu contemporain face à cette panne, quand il n’arrive plus à se lier aux autres tout en se singularisant. De plus en plus de gens vont consulter leurs psychologues en se plaignant de ne pas parvenir à s’habiter  ; qu’ils s’agissent d’hyperactifs qui ne tiennent plus en place, ou de dépressifs qui se sentent englués dans un temps interminable dépourvu de sens, tous souffrent du vide qui est en eux.

Quand les choses ne passent plus en nous, parce que nous les maintenons à distance pour pouvoir les utiliser (et non les pratiquer), nous restons vides à l’intérieur. Nous sommes seulement traversés par quelques plaisirs éphémères, quand nous consommons quelque chose qui nous fait envie ou quand nous obtenons les profits attendus (une économie, une place ou une opportunité éphémères…) de ce que nous avons utilisé. Mais nous restons insatisfaits, parce qu’aussitôt consommées, ces choses s’évaporent et il ne nous reste rien : elles ne laissent rien en nous, et nous ne laissons rien en elles. Si nous reprenons l’exemple de la langue, de la guitare ou de la cuisine, on voit bien que, dans le rapport instrumental, il n’y a pas d’échange réciproque, cette co-transformation qui laisse en nous quelque chose et qui laisse une trace de nous à l’extérieur. Nous souffrons alors de ne plus nous sentir exister, comme des fantômes de passage, inutiles au monde qui les entoure. En réaction à cette angoisse, nous pouvons compenser la perte de saveur de notre existence (le sentiment qualitatif d’exister), par l’accumulation frénétique de sensations, d’expériences, si possibles intenses, que s’empresse de venir satisfaire la « consommation expérientielle [4] », devenue un nouveau filon marketing sur le dos du désespoir que génère le système consumériste lui-même. Mais, quand nous ne sommes plus dupes de ce système consumériste, de sa séduction aliénante à coups de marketing ou d’émissions paillette, l’isolement et le vide de sens sont tels que le passage à l’acte violent, contre soi ou les autres, peut devenir l’ultime recours pour sortir de ce terrible sentiment d’inexistence. Richard Durn, qui ouvrit le feu sur le conseil municipal de Nanterre en 2002, écrit dans son journal : « J’ai plus de 33 ans et je ne sais rien faire dans la vie et de ma vie. (…) Je n’ai pas vécu, je n’ai rien vécu. J’en ai marre de rester des heures à écouter la radio pour ne pas me sentir coupé du monde et de rester certains soirs scotché devant la télévision alors que je sais que c’est une machine à décérébrer et à abrutir les gens et les esprits. J’en ai marre d’attendre désespérément une lettre ou un coup de téléphone alors que je n’existe plus pour personne, que je suis oublié de tous… (…) J’ai besoin de briser des vies, de faire du mal pour au moins une fois dans sa vie avoir le sentiment d’exister [5] ». Si ce mal-être s’exprime rarement de manière aussi extrême, il est partagé par un nombre croissant de personnes, dans la solitude de leurs intimités. En 2011, année où la lutte contre la solitude a été déclarée « grande cause nationale », le collectif « Pas de solitude dans une France fraternelle » a organisé une flash mob[6] saisissante ; la phrase brandie (« Je reparlerai dans 122 jours ») faisait écho à l’étude récente de la fondation de France qui révélait que 4 millions de Français n’avaient en moyenne que trois conversations personnelles par an. En 2012, ce nombre a encore augmenté, et 13% des Français éprouvent désormais un sentiment d’abandon, d’exclusion ou d’inutilité. « Dans les témoignages des personnes que nous avons rencontrées, il y a bien entendu l’absence de ceux avec lesquels on peut échanger, parler, et sur qui l’on sait pouvoir trouver un appui. « La solitude c’est quand tu es entouré mais qu’il n’y a plus rien qui se passe avec les personnes, plus de conversation, plus de liens sincè res, plus de chaleur, plus de disponibilité, plus rien !…  » Mais ce n’est que le premier degré. Le plus douloureux arrive après : « Je n’ai plus rien à dire aux gens parce que ce que je pense a n’intéresse plus personne. J’ai compris que ce que je pouvais penser ou mê me ce que je pouvais faire, personne n’en a rien à faire… » ou bien encore « Que l’on soit là ou pas ne change rien pour personne. »[7]. L’ultra moderne solitude ne touche pas seulement les personnes âgées isolées, mais devient une tendance lourde qui touche toutes les catégories sociales, y compris les jeunes (selon une récente enquête[8], la solitude « subie » touche 4 jeunes sur 10 en France).

Le désir surexploité

Le mot « désirer » vient du latin desiderare qui signifie « constater, regretter l’absence de l’astre ». Comme le disait le poète Lamartine « Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, l’Homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux ». Désirer, c’est comprendre que nous ne pourrons pas tout être (à l’image de la puissance de l’astre qui domine le monde), mais que nous pourrons avoir la joie d’être une partie singulière du grand tout, en nous singularisant. Le désir, c’est donc ce qui nous motive à participer à la culture commune, à l’expérience de la transindividuation.

Or, la société de consommation épuise notre désir, en détournant l’énergie du désir (notre libido selon Freud) vers les objets de consommation. Le capitalisme libidinal actuel l’organise en développant un véritable psycho-pouvoir[1] qui capte notre libido, via un marketing proprement envahissant. Comme le pétrole pour faire tourner les machines, notre désir est un filon à exploiter depuis la naissance du marketing – théorisé dans les années 1930, non par hasard, par le neveu de Freud, Edward Bernays.Tout le sale boulot du capitalisme libidinal est de court-circuiter l’élan de notre désir vers les processus de transindividuation, pour le rabattre sur les objets marchands. La société de consommation actuelle s’écroulerait si nous étions suffisamment nombreux à réenclencher ces processus, notre désir réapproprié, ne croyant plus à cette mystification qui prolifère sur notre souffrance. Mais, après cinquante ans de société de consommation débridée, le filon du désir commence à être épuisé – à l’image des énergies fossiles d’ailleurs- : notre désir a été tant et tant surexploité sans satisfaction durable en retour, qu’il s’est tari ; comme quelqu’un qui aurait été tant et tant bafoué, trompé qu’il préfère ne plus rien désirer. La dépression généralisée actuelle de notre société est cette crise du désir  ; ne plus désirer, c’est se sentir déjà un peu mort ; si bien qu’aujourd’hui, comme le fait remarquer justement le poète paysan Pierre Rabhi, avant de nous demander s’il y a une vie après la mort, nous ferions bien de nous demander « s’il y a une vie avant la mort ».

Ce système fondé sur l’exploitation du désir est coupable et responsable du mal-être collectif qui est en train de défaire notre société. En raptant notre désir, il détruit notre monde commun, qui ne peut plus se créer et tombe de fait en lambeaux. On parle de patrimoine culturel immatériel pour protéger les traditions en voie de disparition de peuples autochtones, mais qu’en est-il de nos cultures dans le monde occidental, laminées par le capitalisme libidinal qui standardise nos modes et milieux de vie ?

Montée de la violence sociale et capitalisme pulsionnel

La destruction du lien social par le capitalisme pulsionnel actuel et le marketing associé est une question encore bien trop peu pensée dans les médias et par les politiques ; la critique de ce psychopouvoir aux conséquences énormes est très peu entendue et expliquée. A l’heure où la violence sociale monte dans la société, nous ne pouvons plus l’occulter. Car ce serait ne rien comprendre à la frustration qui pousse certains à se jeter à corps perdu dans la défense d’idéologies de rejet de l’autre, comme ce jeune néo-fasciste qui a tué Clément Méric. Dans les médias, on analyse la radicalisation des mouvances d’extrême droite, en réaction à la montée du Front de Gauche et à la faveur du mouvement contre le mariage homosexuel ; on se contente de décrire les antagonismes entre blocs idéologiques, sans en comprendre les enjeux psychologiques profonds et transversaux, enjeux qui concernent notre société entière. Si l’on reste à ce niveau d’analyse, dans l’état actuel de division de la société, on ne fera rien pour empêcher l’affrontement de ces antagonismes, tandis que la cause profonde des frustrations à l’origine même de ses mouvances passera inaperçue. A quand, comme le préconisent les chercheurs d’Ars Industrialis, une véritable sociothérapie qui permette de prendre soin du désir et des processus de transindividuation ? Le politique doit soutenir cette sociothérapie car, comme le dit Bernard Stiegler, « la chose publique est le lieu de formation de l’attention et du soin – c’est-à-dire du désir comme investissement, ce que la financiarisation mise en œuvre par les néoconservateurs a liquidé. Cela donne de nos jours le Front national, l’effondrement du désir, et la domination de la pulsion – dans les banlieues comme à Carrefour, chez Sarkozy et chez Strauss-Kahn  »[2]. Les responsables de la Res publica ne semblent pas aujourd’hui capables d’assumer cette critique du capitalisme pulsionnel, tant ils ont souscrit à la logique et au langage marketings… Accompagnant la transformation des médias en mass médias[3], de plus en plus d’hommes politiques s’y sont mis ; bardés de conseillers en communication, ils s’en remettent désormais aux sondages pour cerner leurs potentiels électeurs comme des « segments de consommateurs », en adoptant des stratégies d’adaptation pour les séduire. La figure actuelle du politique semble tellement phagocytée par la logique marketing que nous nous demandons avec Christian Salmon[4] si l’homme politique n’est pas en train de disparaître…

Sans une véritable critique de ce que le capitalisme pulsionnel fait au lien social, on pourra continuer encore longtemps à déplorer que ce dernier se défait, que les souffrances psychiques explosent, et que certains « déséquilibrés » passent à l’acte — sans jamais rien apprendre des frustrations qui les y ont poussés. Cette critique nous rassemble tous, qu’on soit de gauche ou de droite, des Indignés qui dénoncent les désastres sociaux de la spéculation, jusqu’aux manifestants anti-mariage gay qui s’accrochent à ce qui constitue à leurs yeux les derniers repères « qui font encore société » quand tout le reste se délite. Le refus de cette critique se fera au risque de souffrances plus grandes encore, et d’une montée inéluctable de la violence sociale.

Il est urgent que la société se mobilise pour que ce psychopouvoir cesse de mettre en pièces notre monde commun. Cela passerait, par exemple, par remettre la publicité à sa place (en limitant son invasion dans l’espace public, sur les ondes, à la télé, sur internet…) ; par dénoncer, partout et massivement, ce langage marketing qui colonise notre vie politique et nos médias –ne désespérons pas, des émissions comme Cash Investigation montre qu’il est possible de décoloniser même les supports les plus pervertis ! ; par boycotter ce qui nous enferme (rôles, statuts, façons de faire…) dans un rapport purement instrumental aux choses ; par soutenir les processus d’échanges réciproques réinventés par « le génie créateur de la société civile »[5] (AMAP, réseaux d’échanges de savoirs, jardins partagés, monnaies locales, entreprises coopératives – comme Terre de liens, Enercoop ou la NEF -, médias participatifs, Internet libre, Wikipedia, …). Alors que les pratiques collaboratives se développent à vive allure dans le monde virtuel, elles prennent de l’ampleur dans le monde physique par des alternatives locales, reliées globalement, et valorisées par des mouvements citoyens comme Colibris[6] ou les territoires en Transition[7]. La résurgence d’un grand besoin de beauté et de poésie[8] (l’envers du rapport instrumental) montre fort heureusement que, si le désir est fatigué, il continue à chercher des issues.

Alice Médigue


[1] Voir les analyses de Bernard Stiegler à ce sujet.

[2]Interview de Bernard Stiegler http://www.philomag.com/les-idees/e…

[3] Je développe ce point dans mon article « Les mass médias contre la démocratie », mai 2013. http://www.agoravox.fr/tribune-libr…

[5] Titre du livre de Pierre Rabhi, Eloge du génie créateur de la société civile, Actes Sud, 2011.

[8] Voir à ce propos l’engouement pour les Commandos poétiques d’Aubervilliers qui soufflent des poèmes aux passants. Ils ont lancé récemment une initiative citoyenne de cueillette de poésies dormantes parmi les habitants, en créant le premier Trésor poétique municipal mondial de France. http://lafolletentative.blogspot.fr…


[1] Voir à ce sujet le beau documentaire Cheminots de Luc Joulé et Sébastien Jousse.

[3] L’individuation psychique et collective, Gilbert Simondon, Aubier, 1989.

[4] Cf Gille Lipovetsky, Le bonheur paradoxal. Essai sur la société d’hyperconsommation. Gallimard, 2006.

[5] Voir des extraits éloquents de son journal intime http://www.inculte.fr/IMG/pdf/la_lo…

[7] Les solitudes en France, enquête de la Fondation de France, juin 2012, p 16.


Responses

  1. Je suis halluciné de manière générale par cet article. Il est vrai que je tiens Stiegler comme un intellectuel peu pertinent et très jargoneux. Je relève quelques éléments qui m’ont fait bondir.

    « la société de consommation épuise notre désir »: Je tombe des nues. Je pensais au contraire que la société de consommation stimulait le désir, puisque c’en est le moteur psychologique fondamental. La société de consommation, c’est le fait de pouvoir étendre le champ de satisfaction de ses désirs. Le risque de la société de consommation n’est pas l’épuisement des désirs, au contraire, ce serait surtout une boulimie de désirs insatiables, ou encore l’impossibilité matérielle de subvenir à la satisfaction des désirs.

    Je suis surpris également de trouver ce vieux poncif qui dit que les maux de notre société c’est le libéralisme, alors que, justement, c’est la liberté de construire sa vie comme on l’entend qui fait que personne n’est obligé de vivre la société de consommation, les mass medias et tout ce que tu veux ne pas vivre.

    Au delà de ça, je trouve la vision de l’être lambda de Bernard Stiegler complètement caricaturale et asséchante. On dirait que les être humains qui vivent dans des notre société sont des travailleurs endettés frustrés travaillant à la chaîne et qui regardent la star’ac en bouffant des plats tout préparés en se gavant d’antidépresseurs faute de savoir faire quoi que ce soit de manière autonome. Convaincre du message d’aliénation et d’exploitation (un marxisme de basse qualité si tu veux mon avis) est à ce prix pour Stiegler.

    Le fait que tu puisses citer de nombreuses alternatives à la fin de ton article décrit plutôt bien au contraire la richesse de notre société, capable d’accueillir (sans les opprimer ni les enfermé) des propositions originales, qui donnent des perspectives, etc. Il suffit de se rendre compte, par exemple, de l’activité associative bouillonnante en France pour voir que les individus se préoccupent en permanence d’autres choses que la seule société de consommation.

  2. […] La suite sur : https://jalonsaujardin.wordpress.com/2013/06/29/le-psychopouvoir-qui-nous-divise/ […]


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